Mon rapport à l'artisanat : pourquoi je crée autrement
Lorsque j'ai découvert le micro-macramé, je ne cherchais pas à devenir artisane.
Je ne cherchais pas non plus à créer une entreprise ou à produire des bijoux en série. Je cherchais simplement un endroit où déposer mes pensées, mes émotions et tout ce que la vie m'avait amenée à traverser.
Avec le temps, j'ai compris que le micro-macramé n'était pas seulement devenu une passion. Il était devenu ma façon d'habiter le monde autrement.
L'artisanat m'a appris à ralentir
J'ai longtemps vécu dans des métiers où tout allait vite : soigner, accompagner, anticiper, répondre aux besoins des autres. Puis la vie m'a confrontée à des épreuves qui m'ont obligée à ralentir, même lorsque je ne le souhaitais pas.
Lorsque j'ai commencé le micro-macramé, j'ai découvert quelque chose que j'avais oublié : le droit de prendre son temps.
Un bijou ne peut pas être pressé.
Il faut choisir la pierre.
Observer ses reflets.
Choisir les couleurs.
Nouer.
Défaire.
Recommencer.
Accepter qu'une création demande parfois plusieurs heures, parfois plusieurs jours.
Aujourd'hui encore, je considère le temps comme la matière première la plus précieuse de mon travail.
L'imperfection n'est pas un défaut
Pendant longtemps, j'ai cherché à tout maîtriser.
Le micro-macramé m'a appris exactement l'inverse.
Aucune pierre naturelle n'est parfaitement identique à une autre. Aucun geste humain n'est reproduit exactement de la même manière. Et c'est précisément cette imperfection qui me touche.
Je ne cherche pas à fabriquer des objets parfaits.
Je cherche à créer des pièces sincères.
Des créations qui portent les traces d'un geste humain, d'un moment de vie, d'une émotion.
Chaque bijou que je réalise est unique, parce que je crois profondément que nos histoires le sont aussi.
Dialoguer avec la matière
Lorsque je choisis une pierre naturelle, je ne la considère jamais comme un simple matériau.
J'observe sa couleur.
Ses reflets.
Ses irrégularités.
Ses aspérités.
Très souvent, c'est elle qui guide la création plus que moi-même.
Je peux avoir une idée très précise au départ, puis finalement changer complètement de direction parce qu'une labradorite révèle un reflet inattendu, ou parce qu'une pierre de lune semble demander davantage de douceur.
Créer devient alors un dialogue.
Un échange entre ce que j'imagine et ce que la matière accepte de me donner.
L'artisanat comme chemin de reconstruction
Avec le recul, je crois que c'est peut-être cela qui explique mon attachement si profond à l'artisanat.
Le micro-macramé est arrivé dans ma vie à un moment où j'avais besoin de reconstruire quelque chose en moi.
Il m'a appris la patience lorsque je voulais aller plus vite.
Il m'a appris la confiance lorsque je doutais.
Il m'a appris à accepter que certaines choses prennent du temps.
Nœud après nœud, création après création, j'ai découvert que l'on pouvait aussi se reconstruire en créant.
Je ne crois pas avoir choisi le micro-macramé par hasard.
Je pense qu'il est arrivé dans ma vie au moment où j'en avais besoin.
Pourquoi je refuse la production en série
Aujourd'hui, je pourrais probablement reproduire certains modèles plusieurs fois.
Mais je ne le souhaite pas.
Parce que ce qui me touche dans l'artisanat, ce n'est pas la répétition.
C'est la rencontre.
La rencontre entre une pierre, une couleur, une émotion, un instant de vie.
C'est aussi pour cette raison que chacune de mes créations est réalisée en un seul exemplaire.
Je ne cherche pas à produire davantage.
Je cherche à créer plus justement.
Ce que j'espère transmettre
Lorsque quelqu'un porte un bijou Je Suis Youkoulélé, j'espère qu'il ressent autre chose qu'un simple accessoire.
J'espère qu'il perçoit le temps qui a été consacré à sa création.
La patience.
L'attention.
L'intention.
Et peut-être aussi cette idée qui m'accompagne depuis le début de cette aventure : qu'il est possible, même après des épreuves, même après des détours, même après avoir cru que certains chemins étaient fermés, de retisser sa vie autrement.
Au fond, c'est peut-être cela, mon rapport à l'artisanat.
Créer des bijoux, oui.
Mais surtout, continuer à tisser du sens.
