Chapitre 1 — Je croyais créer des bijoux… mais je crois que je me reconstruis.
Il y a quelques jours, je me suis surprise à observer mes mains. Elles tenaient un fil de micro-macramé, comme elles le font presque chaque jour désormais. Et je me suis demandé combien de vies elles avaient déjà traversées.
Ces mêmes mains ont soigné.
Elles ont rassuré.
Elles ont accompagné.
Elles ont écrit.
Elles ont tourné les pages de livres, tenu des stylos, préparé des formations, accueilli des personnes en souffrance, essuyé des larmes, applaudi des victoires.
Je ne les avais jamais imaginées passer des heures à nouer un fil autour d’une pierre.
Si quelqu’un m’avait dit cela il y a quelques années, j’aurais probablement souri avec incrédulité.
Parce que je ne cherchais pas à devenir créatrice.
Je ne me suis jamais levée un matin en me disant :
« Un jour, je créerai des bijoux. »
Tout est arrivé beaucoup plus discrètement.
Une vidéo.
Une curiosité.
Une première tentative.
Puis une deuxième.
Et sans que je comprenne vraiment à quel moment cela s’est produit, je me suis retrouvée incapable de penser à autre chose.
Je voulais apprendre.
Comprendre.
Recommencer.
Faire mieux.
Au début, je croyais apprendre une technique.
Je comptais les nœuds.
Je regardais les tutoriels.
Je recommençais les mêmes gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent presque naturels.
Puis quelque chose d’inattendu s’est produit.
Le bijou n’était plus le plus important.
C’était ce qui se passait pendant que je le créais.
Le silence.
La concentration.
Le temps qui disparaissait.
Les heures qui s’écoulaient sans que je regarde l’horloge.
Je retrouvais une sensation que je n’avais pas ressentie depuis très longtemps.
J’étais exactement à ma place.
Pas parce que tout était facile.
Bien au contraire.
J’ai défait des créations après plusieurs heures de travail.
J’ai douté.
Je me suis demandé si j’étais vraiment capable de créer quelque chose de beau.
Je regardais certaines créations terminées avec un regard très critique.
Je voyais les défauts avant de voir le chemin parcouru.
Puis un jour, en terminant un collier, je l’ai posé devant moi.
Je suis restée quelques secondes à le regarder.
Et une pensée toute simple m’a traversé l’esprit.
« C’est moi qui ai fait ça. »
Pas avec fierté.
Avec étonnement.
Comme si une partie de moi découvrait enfin quelque chose qui avait toujours été là, mais qui attendait le bon moment pour s’exprimer.
Aujourd’hui encore, je ne sais pas exactement où cette aventure me conduira.
Je ne sais pas ce que deviendra Je Suis Youkoulélé dans cinq ou dix ans.
Mais je sais une chose.
Chaque création m’apprend un peu plus que la précédente.
Pas seulement à mieux tisser.
À mieux me connaître.
Je pensais construire une collection de bijoux.
Je crois qu’en réalité, je suis en train de reconstruire quelque chose de beaucoup plus précieux.
Moi.
Et si ce journal existe aujourd’hui, c’est peut-être pour ne jamais oublier ce chemin.
Parce qu’un jour, lorsque je relirai ces lignes, j’espère me souvenir que tout a commencé par un simple fil.
