Chapitre 4 : Le jour où j’ai arrêté de chercher la perfection
Il existe une photo que je ne publierai probablement jamais.
On y voit un collier terminé.
Enfin… presque terminé.
À première vue, tout semble en place.
La pierre est sertie.
Les couleurs s’accordent.
Les nœuds sont réguliers.
Pour la plupart des personnes, il aurait été prêt à être porté.
Mais pas pour moi.
Je l’ai regardé longtemps.
Très longtemps.
Je tournais le collier dans tous les sens.
J’essayais de comprendre pourquoi quelque chose me dérangeait.
Ce n’était pas un défaut visible.
Personne ne l’aurait remarqué.
Personne… sauf moi.
Je pourrais vous dire que j’ai immédiatement pris la bonne décision.
Ce serait faux.
J’ai hésité.
Parce que derrière chaque création, il y a des heures de travail.
Défaire un bijou, ce n’est pas seulement défaire des nœuds.
C’est accepter de revenir en arrière.
Accepter que tout ce temps n’aboutisse pas au résultat espéré.
Alors j’ai posé le collier sur mon atelier.
Je suis partie marcher.
Le lendemain, je l’ai regardé de nouveau.
Et j’ai compris.
Ce n’était pas le collier qui me dérangeait.
C’était mon envie qu’il soit parfait.
Cette envie m’accompagnait depuis longtemps.
Bien avant le micro-macramé.
Elle s’était invitée dans beaucoup de domaines de ma vie.
Faire mieux.
Corriger.
Recommencer.
Ne pas décevoir.
Le micro-macramé a doucement commencé à me montrer autre chose.
La perfection n’existe pas.
Pas dans la nature.
Pas dans les pierres.
Pas dans le bois.
Pas dans une feuille portée par le vent.
Pourquoi chercherais-je alors à la retrouver dans chacune de mes créations ?
Depuis ce jour, je regarde mes bijoux autrement.
Je continue d’être exigeante.
Je prends toujours le temps de vérifier chaque détail.
Mais je ne cherche plus un objet parfait.
Je cherche un bijou sincère.
Un bijou qui raconte quelque chose.
Un bijou qui me ressemble.
Je crois que c’est une différence essentielle.
La perfection impressionne.
La sincérité touche.
Et finalement, ce sont rarement les choses parfaites qui nous émeuvent le plus.
Nous gardons en mémoire les objets qui portent une histoire.
Les créations qui ont une âme.
Les personnes qui osent être elles-mêmes.
Je pense souvent à cette phrase :
“Les plus belles choses ne sont pas toujours les plus parfaites. Elles sont simplement les plus vraies.”
Depuis que je crée, je ne cherche plus à réaliser un bijou irréprochable.
Je cherche à créer une émotion.
Si une personne porte un de mes colliers et ressent quelque chose en le regardant…
Alors, à mes yeux, il est déjà réussi.
Peut-être que grandir, finalement, ce n’est pas devenir parfait.
C’est apprendre à aimer ce qui est profondément authentique.
Aujourd’hui encore, il m’arrive de défaire une création.
Mais ce n’est plus par peur de l’imperfection.
C’est parce que je sais qu’elle n’a pas encore trouvé sa juste place.
Et il y a une grande différence entre chercher la perfection…
…et attendre que les choses deviennent justes.
Je referme ici une nouvelle page de mon journal.
Merci d’avoir pris le temps de la parcourir avec moi.
